Pierres Vivantes


Jean Nouvel-Alaux,

organiste à Notre-Dame de la Gare

- par Thierry Depeyrot, le 29 janvier 2026 -



Jean Nouvel-Alaux est organiste titulaire et chef de chœur de l'église Notre-Dame de la Gare, dans le 13e arrondissement de Paris. Fervent paroissien et musicien confirmé, il nous fait partager sa passion...


Bonjour Jean, cela fait bientôt 3 ans que j'ai eu le plaisir d'intégrer le chœur de Notre-Dame de la Gare dont tu as la direction et j'aimerais en savoir plus sur toi, ton parcours, tes motivations, tes souhaits pour l'avenir, et glaner quelques conseils pour nos jeunes qui souhaiteraient se tourner vers la pratique de l'orgue.

Parcours et vocation

TD : Peux-tu me parler de ton enfance qui n'est, somme toute pas très loin, toi qui viens de fêter tes 30 ans ?

J. N.-A. : J'ai eu une enfance heureuse et calme, à Montpellier, dans une petite maison pavillonnaire, avec deux frères avec lesquels je m'entends très bien, et beaucoup d'activités comme tout enfant de cet âge... mais pas du tout de musique, jusqu'à notre déménagement à Rennes du fait de l'activité professionnelle de mon père. C'est vers 10-11 ans que j'ai débuté le conservatoire, alors que je n'avais pas été spécialement poussé vers des études musicales. Mon père avait fait du chant lorsqu'il était petit. Il avait une très belle voix. Ma mère avait fait du piano et elle devait être assez douée car je l'avais entendu en jouer quand j'étais petit et, pour quelqu'un qui n'en avait pas fait depuis des années, c'était vraiment très bien. Ce n'était pas une famille de musiciens ou de mélomanes mais mes parents jugeaient que c'était bien de donner une telle éducation musicale.


TD : Tes parents sont pratiquants ?

J. N.-A. : Oui, nous sommes une famille globalement très pratiquante. Quand j'étais petit, j'étais enfant de chœur. Je n'ai jamais cessé de croire mais, adolescent, j'allais moins à l'église. Depuis mes 17-18 ans, j'y vais beaucoup plus régulièrement.


TD : Tu me dis avoir passé ton enfance à Montpellier puis à Rennes. Je te pensais avoir des attaches avec l'Aveyron.

J. N.-A. : Effectivement, la famille de mon père est originaire de l'Aveyron. C'est vraiment mes racines. La famille Nouvel, c'est l'Aveyron ! Je ne sais plus exactement le nom du village car mes arrière-grands-parents ont bougé assez vite, mais ils ont passé toute leur vie à Saint-Affrique (sud Aveyron), non loin de Roquefort. Le père de mon père est né là-bas, mon père y a passé toute sa jeunesse et j'y ai connu de bons moments dans la vieille maison familiale (13ème siècle). J'ai passé de nombreuses vacances à aider à entretenir le lieu.


TD : Comment as-tu découvert l’orgue et qu’est-ce qui t'a donné envie d’en faire ton instrument de prédilection ?

J. N.-A. : Comme je le disais, ma mère trouvait que donner une éducation musicale était une bonne chose et je suis entré à 10 ou 11 ans au conservatoire de Rennes. J'ai commencé par y faire du chant et ma mère souhaitait que je fasse du piano. C'est un concours de circonstances qui a fait que je suis devenu organiste. Au conservatoire, il y avait une très forte demande pour pratiquer le piano et une politique de filtrage était mise en place, notamment sur le critère de l'âge. Comme j'avais 12 ans au moment de ma demande pour le piano, et que le directeur du conservatoire avait décidé qu'on ne débutait pas cet instrument au-delà de 10 ans, ce choix m'a été refusé. Ma mère, avançant l'argument que j'avais eu la meilleure note au concours d'entrée au conservatoire, s'était alors plainte au directeur. Ce dernier lui a indiqué qu'il avait des places dans la classe d'orgue. Le soir, à cette annonce, j'ai considéré que piano et orgue sont finalement des claviers et tout ce que je voulais faire, c'était de la musique et j'ai donc accepté ce choix de recours.

Le professeur que j'ai eu à l'époque, Damien Simon, avait une excellente pédagogie, et c'est grâce à lui que j'ai appris à aimer cet instrument et que je suis organiste aujourd'hui. Ma mère s'était inquiétée auprès de mon professeur que j'étais tout le temps sur mon instrument, à l'église pour travailler ou au conservatoire, à la maison sur le piano, que je ne faisais plus que ça. Damien Simon lui avait répondu, certainement sur un ton amusé : « Ne vous inquiétez pas, votre fils est juste un drogué ».

C'est un peu vrai. A l'époque, j'étais en horaires aménagés pour le chant. Je finissais mes cours à 14 heures. J'avais les clefs d'une église et j'y restais jusqu'à 20 heures. Mes parents étaient obligés de m'écrire pour me demander de rentrer à la maison. Sans cela, j'y serai resté jusque bien plus tard. C'était vraiment une addiction !


TD : Pour ma part, deux de mes filles sont allées au conservatoire jusqu'à la fin du second cycle mais, pour les faire travailler, c'était toute une histoire.

J. N.-A. : C'est très bien ! Donner aux enfants une éducation musicale est une très bonne chose, les aider et les encourager à l'occasion, c'est très bien aussi. Mais la volonté de travail doit venir d'eux-mêmes et il ne faut pas que cela devienne une corvée. De toute façon, ce qu'ils auront appris, des connaissances que beaucoup n'ont pas, leur servira toujours, même plus tard. C'est sûr que mes parents n'ont jamais eu besoin de me pousser pour que je travaille. Je les embêtais parce que, par exemple, je ne partais jamais en vacances à un endroit si je n'avais pas un orgue à ma disposition. Notre maison en Aveyron, il y avait un orgue à environ 30 minutes de cela. Ma mère m'y amenait à 9h00 le matin. J'avais 15-16 ans alors. J'y restais environ 3 heures, déjeunais puis y retournais. Ma mère revenait me chercher entre 14 heures et 16 heures.


TD : Quelle a été ta formation d’organiste et quels maîtres t'ont le plus marqué ?

J. N.-A. : Le conservatoire. C'est simple, en France, un musicien professionnel classique passe forcément par le conservatoire. Damien Simon est un excellent professeur et c'est à lui que je dois d'avoir aimé et appris à jouer de l'orgue. Mais je ne l'ai eu que deux ans. Celui qui m'a marqué musicalement est mon professeur du CRR de Paris, Christophe Mantoux. Il a été mon maître durant 8 années et est pour moi, et pas que pour moi, le meilleur professeur en France, voire en Europe. C'est un excellent musicien et, de plus, quelqu'un de très érudit. Il m'a transmis énormément de savoirs et je peux affirmer que c'est à lui que je dois la plus grande part de mes connaissances musicales. Il m'a transmis des décennies de travail de lecture de textes anciens qui lui ont permis d'être au plus proche de la manière avec laquelle la musique doit être jouée. Je lui suis extrêmement reconnaissant de m'avoir transmis tout cela. Le contact humain avec mon premier professeur a bien sûr été déterminant car j'ai toujours été incapable d'apprendre quoi que se soit avec un professeur que je n'appréciais guère. Sans Damien Simon, je ne serai probablement pas organiste aujourd'hui, mais c'est bien à Christophe Mantoux que je dois l'essentiel de ma culture musicale. En 2024, j'ai obtenu mon diplôme d'État de professeur d'orgue et j'enseigne depuis ma discipline au conservatoire de Chatou.


TD : Pourquoi avoir choisi ou accepté le poste d’organiste à Notre-Dame de la Gare ?

J. N.-A. : C'est tout simplement du fait de l'instrument qui s'y trouve : un Cavaillé-Coll, ce qui est une chance extraordinaire pour une église qui, à l'origine, était très loin de pouvoir se l'offrir. Un Cavaillé-Coll, c'est un Stradivarius chez les violonistes. C'est le plus grand facteur d’orgue de l'histoire. Tous les organistes du monde rêvent de jouer sur un Cavaillé-Coll. On m'a proposé il y a 4 ans d'être titulaire adjoint de l’orgue. Je connaissais la titulaire de l'époque, Lucille Dollat, avec laquelle je m'entendais très bien. Elle cherchait un remplaçant à son adjoint qui partait et souhaitait également avoir un chœur pour accompagner les offices avec orgue. J'ai donc eu la chance de réunir deux passions : un instrument extraordinaire et pouvoir créer un chœur pour un beau projet musical.


TD : Au cours de mes investigations, j'ai appris que tu étais également organiste titulaire chez GIE Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph/Vinci. Cette information a attiré ma curiosité car l'une de mes filles y travaille en tant que manipulatrice radio. Comment es-tu parvenu à ce poste et dans quel cadre y interviens-tu ?

J. N.-A. : A Saint-Joseph, j'ai appris par l'aumônier de l'époque qui était un ami de ma mère que la chapelle de l'hôpital allait se doter pour la première fois de son histoire d'un orgue. Je me suis dit que comme il n'y avait jamais eu d'orgue, il ne devait donc jamais y avoir eu d'organiste, d'où ma candidature spontanée.

A l'époque, je n'avais pas joué d'orgue depuis très longtemps car j'avais arrêté entre mes 18 et mes 23 ans. J'avais été reçu par la directrice de la communication de l'hôpital qui avait été séduite par ma candidature et m'a proposé le poste.

Cela a donc été mon premier poste d'organiste, avant Notre-Dame de la Gare. J'y ai joué durant les messes chaque dimanche durant 4 ans et faisais un concert une fois par mois. L'orgue avait été donné à la chapelle par le président du conseil d'administration de l'hôpital, grand amateur d'orgues. Il l'avait acheté avec ses propres deniers pour le donner à la chapelle.

Aujourd'hui, je suis toujours titulaire du poste mais ce n'est plus moi qui assure les offices. L'hôpital a décidé de me garder comme titulaire et c'est moi qui choisis mes remplaçants. De temps en temps, dans l'année, je m'y rends, notamment pour la Saint-Joseph durant laquelle il y a une grande messe.

Je suis très attaché au Saint-Joseph, avec un bel instrument. Le lieu est magnifique, c'est mon tout premier poste et j'entretiens de très bonnes relations avec la direction de l'hôpital.

L’orgue de Notre-Dame de la Gare


TD : Peux-tu nous décrire l’orgue de Notre-Dame de la Gare : son histoire, ses caractéristiques, sa personnalité sonore ?

J. N.-A. : L'orgue Cavaillé-Coll de Notre-Dame de la Gare a été installé en 1863, 4 ans après la consécration de l'église. A l'époque, la paroisse était très pauvre, le 13e arrondissement étant un quartier populaire, ouvrier et miséreux. L'église n'avait donc pas les moyens de s'offrir un tel instrument comportant alors 22 jeux. Par chance, le curé fondateur de la paroisse, l’abbé Louis Parguel, avait deux frères qui travaillaient comme harmonistes chez Cavaillé-Coll. L'orgue était dans un atelier, sans destination bien définie et les deux frères ont demandé à leur employeur s'ils pouvaient offrir l'instrument à Notre-Dame de la Gare, ce que Cavaillé-Coll accepta. Les deux frères ont veillé à ce que l'orgue soit bien installé et harmonisé pour coller au mieux à l'acoustique de l'église.

Depuis 1863, l'orgue n'a pas eu de restauration complète. Pour un instrument de plus de 160 ans d'âge, fait de bois et de métal, le simple fait qu’il fonctionne toujours tient du miracle ! Le son de ses 29 jeux actuels est d'une grande poésie et d'une grande douceur.

Le curé m'avait demandé un jour si nous avions réellemtent, comme le pensait la mairie, une “Rolls-Royce” comme instrument. Je lui avais alors répondu que nous avions bien mieux qu'une Rolls-Royce.


TD : Y a-t-il des œuvres qui sonnent particulièrement bien sur cet orgue ?

J. N.-A. : Oui, la musique romantique française du XIXe siècle et tout particulièrement César Franck, Louis Vierne ou encore Charles-Marie Widor. J'ai donné des concerts au Canada, en Russie, aux États-Unis, parfois sur des orgues trois-quatre fois plus importants, mais aucun n'avait un tel caractère et étaient parfois même moins puissants. A chaque fois que je reviens à Notre-Dame de la Gare, je me dis que je joue enfin sur un orgue.

Le métier d’organiste d’église


TD : En quoi le métier d’organiste d’église diffère-t-il de celui de concertiste ?

J. N.-A. : Pour faire simple, le métier d'organiste concertiste nécessite beaucoup de travail et de préparation sur l'instrument lui-même. Ensuite, on se déplace, le concert dure une heure environ, il y a des photographes, des demandes d'autographes et tout cela n'a pas directement de lien avec la religion, même si je joue souvent en concert des œuvres du répertoire sacré. C'est un travail plus technique. Je travaille durant des heures et des heures des pièces difficiles.

Concernant le travail d'organiste liturgique, il s'agit moins d'œuvres difficiles et il y a plus d'improvisations. Certains moments de messe, l’offertoire ou la communion par exemple, durent plus ou moins longtemps en fonction de l’affluence et il me faut donc jouer en conséquence. Le métier d'organiste liturgique nécessite plus de contacts humains, ce que je préfère par-dessus tout. Je ne suis jamais plus heureux que lorsque je joue lors d'une messe où l’église est pleine et où on ressent d’autant plus la ferveur de la communauté. Le métier d'organiste concertiste, c'est beaucoup d'avion, d'hôtels, d'heures de répétitions seul dans la salle. L'an dernier, je suis parti 3 semaines ½ en Russie. J'y ai joué plusieurs concerts dans des salles superbes mais, en rentrant un samedi soir, j'étais content de retrouver mon orgue et l'humanité des fidèles de Notre-Dame de la Gare. De plus, le métier d'organiste liturgique est agrémenté par la direction du chœur que j'ai plaisir à revoir chaque mercredi soir, lors de nos répétitions. J'ai beaucoup de plaisir à transmettre ma passion aux choristes... qui me le rendent bien.


TD : Comment prépare-t-on musicalement une célébration liturgique ?

J. N.-A. : Nous avons des réunions avec le curé et les chantres pour décider des chants des messes afin que les trois messes du week-end aient le même programme musical. Les chants doivent être en accord les textes des messes et des moments liturgiques. Il y a beaucoup de moments où j'improvise mais toujours de manière réfléchie et en accord avec le moment. Les chantres sont les personnes qui chantent au pupitre et au micro durant les messes. C'est encore un métier dans certains endroits mais les églises ont de moins en moins les moyens financiers pour cela et nous avons donc besoin de beaucoup de bénévoles pour cela. Certains des choristes du chœur de Notre-Dame de la Gare ont fait ainsi beaucoup de progrès en animation et en chant. Il faut être courageux car ça peut être très intimidant de chanter seul devant parfois 300 ou 400 paroissiens.


TD : Comment se fait le dialogue musical avec le prêtre, les chantres ou la chorale ?

J. N.-A. : C'est un arbitrage entre ce qui est intéressant de chanter pour le chœur, les chants qui existent déjà et le renouvellement des chants liturgiques. Par exemple, en accord avec le curé, nous proposons actuellement la Messe de la Résurrection de Thomas Ospital. Nous avons donc là un nouveau « commun » (Kyrie, Gloria, Agnus, Sanctus) qui est à la fois bien écrit, intéressant pour le chœur et adapté à une assemblée. La règle d'or est toujours LA BEAUTÉ POUR DIEU !

Musique, foi et spiritualité


TD : Quelle relation fais-tu entre musique et spiritualité ?

J. N.-A. : La réponse pour moi est extrêmement claire : c'est grâce à l'église que la musique existe telle qu'elle est de nos jours. Entre le IXe et le XIe siècle, l'église catholique a décidé que la musique donnée à la messe soit à la hauteur de l'exceptionnelle beauté des cathédrales. L'église a fait de la musique un outil religieux. La raison pour laquelle je fais de la musique est que je veux toucher le cœur des gens et servir Dieu. La musique est pour moi un moyen de me rapprocher de Dieu et de ceux avec qui je fais de la musique. C'est ce qui m'a fait choisir, il y a quelques années, la musique à mes études pharmaceutiques.

Je suis extrêmement reconnaissant envers le Père Augustin Deneck qui soutient depuis le début le chœur de Notre-Dame de la Gare. De 15-20 choristes à ses débuts, le chœur compte aujourd'hui quelque 40 choristes. Nos concerts comptent de plus en plus de public. Le premier avait rassemblé environ 150 personnes, contre environ 500 lors de notre dernier concert en novembre dernier. Quand je me lève le matin et que je vais faire de la musique pour Dieu, je me dis que ma vie a un sens.


TD : Penses-tu que l’orgue peut toucher des personnes au-delà de toute conviction religieuse ?

J. N.-A. : Totalement ! Je fais souvent monter des gens à la tribune de l'orgue pour leur montrer son fonctionnement et son exceptionnelle complexité. Je n'ai jamais vu quelqu'un monter à l'orgue et ne pas être impressionné par toute cette beauté et cette complexité. L'orgue ne se limite pas à la cinquantaine de tuyaux qu'on peut voir en façade, loin de là ! Derrière, il y en a 1 500 ! Je fais toujours mon possible pour que le maximum de personnes puisse monter à l'orgue.

L'orgue existe parce que l'église a voulu impressionner les gens et leur donner une idée de la grandeur et la puissance de Dieu, capable de toutes les douceurs et de toutes les puissances. L'orgue peut être beaucoup plus puissant que tout un orchestre.


TD : Y a-t-il des moments liturgiques que tu trouves particulièrement inspirants à jouer (Pâques, Noël, funérailles…) ?

J. N.-A. : Ma période préférée de l'année, c'est Pâques. On éveille toutes les lumières. Je préfère cette célébration à Noël, période durant laquelle les gens sont en vacances et vont moins à la messe. A Pâques, l'église est bondée et j'adore ça !


Le public et la transmission


TD : Quel type de public fréquente aujourd’hui les concerts d’orgue ou les offices à Notre-Dame de la Gare ?

J. N.-A. : Pour les offices, ce n'est pas forcément à moi de répondre mais plutôt au curé. Néanmoins, en ce qui me concerne, je vois de tout : tous les étages de la société, des jeunes, des familles avec enfants, des personnes âgées, des personnes de toutes origines... On est vraiment très cosmopolites à Notre-Dame de la Gare, dans un esprit de bien vivre ensemble, quelle que soit notre origine ou notre niveau social. Cette mixité sociale est favorisée par la Grâce et la Beauté. Ce qui rapproche tous, c'est notre amour de Jésus, notre foi.

Concernant le public des concerts, je ne sais pas trop. Je vois beaucoup de paroissiens mais je pense qu'il y a également un public d'habitants, croyants ou pas, qui viennent pour la beauté du lieu et des œuvres jouées.


TD : Peut-être serait-il intéressant, les jours de concerts, de faire circuler un petit questionnaire, par exemple pour demander comment les gens ont-ils eu connaissance du concert ou s'ils fréquentent habituellement les lieux...


TD : Comment attirer ou sensibiliser les jeunes à l’orgue et à la musique sacrée ?

J. N.-A. : Je pense que faire venir les gens à l'orgue est déjà une première étape. Ensuite, je pense que les jeunes sont les meilleurs ambassadeurs pour les jeunes. Par exemple, deux de nos jeunes choristes de 18 et 20 ans font monter régulièrement des amis à l'orgue pour que je leur montre l’orgue et ce que l’on peut faire avec. Tous sont impressionnés par l’instrument et nombreux sont ceux qui reviennent. J’espère que ces jeunes viendront à nos prochains concerts. Et ils ne sont pas paroissiens.


TD : As-tu une expérience marquante avec un auditeur ou un paroissien à partager ?

J. N.-A. : Lors de l'un de mes concerts en Russie, l'an dernier, une jeune fille est venue me voir à la fin du concert, les larmes aux yeux, et m'a déclaré qu'elle avait connu là l'un des plus beaux moments de sa vie. Ce soir-là j’ai eu le sentiment que j’avais fait quelque chose de vraiment utile.

Concernant l'église, c'est plutôt au quotidien. Je me suis beaucoup attaché avec les choristes. Certains me racontent leurs joies, leurs problèmes personnels ou de santé. Nous avançons tous ensemble. Chacun prend des nouvelles des autres. Le stage de l'été dernier a été, outre le moment musical, surtout un prétexte à être réunis. Ce n'est pas juste « on se voit le mercredi soir et à la semaine prochaine ! »


TD : Quel est le moment de concert le plus marquant ou émouvant de ta jeune carrière ?

J. N.-A. : C'est certainement lors de mon concert de l'an dernier à la Philarmonie de Saint-Pétersbourg. Il y avait 1 300 personnes dans cette salle prestigieuse. Avant le concert, j'étais en proie à des douleurs très importantes aux bras. Lorsque j'ai repris l'orgue à 23 ans, j'ai beaucoup forcé et mon corps n'a pas encaissé l'effort. Ma tête était capable de travailler 8 heures par jour la musique mais mes muscles n’étant plus habitué à cela ont subi un véritable traumatisme. J'étais sur la voie de l'amélioration mais toujours sensible. Néanmoins, je suis parvenu à bien jouer et j'ai même eu quatre demandes de bis. Ayant joué près de 2 heures seul sur scène, j'ai eu l'immense satisfaction d'avoir vaincu mon mal après 3 ans ½ de douleurs. Cela a effacé tous mes doutes.


TD : L'an dernier, tu t'es produit à deux reprises en Russie, dans des salles aussi prestigieuses que la philharmonie de Saint-Pétersbourg ou encore les Cathédrales catholique et luthérienne de Moscou. Comment as-tu eu ces opportunités et qu'en as-tu tiré ?

J. N.-A. : En septembre 2023, j'ai été remarqué pour mon troisième prix et prix du public au 13e Concours International d’orgue Mikaël Tariverdiev. A la suite de ces prix, j'ai reçu beaucoup de propositions pour aller jouer en Russie. Considérant que les gens qui m'invitent là-bas sont des musiciens et au-delà de toute considération politique, j'ai décidé d'accepter et de continuer à toucher le cœur des gens. Je jouerai partout où les gens voudront écouter de la belle musique.

Regards et perspectives


TD : Comment vois-tu l’avenir de l’orgue et des organistes dans les églises aujourd’hui ?

J. N.-A. : L'avenir des organistes et de l'orgue dépend totalement de l'avenir de l'Église. Ces dix dernières années, on note un léger renouveau et une augmentation du nombre de catéchumènes en France. Je souhaite pour l’orgue et pour l’Eglise que cela continue ! Dans des pays comme l'Allemagne où l'Église est plus riche, il y a beaucoup de postes d'organistes. En France, ça reste plus compliqué.


TD : Quel conseil donnerais-tu à un jeune musicien qui souhaiterait devenir organiste ?

J. N.-A. : Si tu as le désir de servir Dieu, fais-le et joue de l'orgue car il n'y a pas de plus bel instrument pour cela. Si la raison est simplement le goût de l’instrument, fais bien attention car il y a de moins en moins de travail en France.


TD : Cette année, tu travailles la Messe Nelson d'Haydn avec le chœur de Notre-Dame de la Gare en vue d'un concert en juin prochain à Notre-Dame de la Gare. Pourquoi as-tu choisi cette œuvre ?

J. N.-A. : Pour deux raisons. La première est parce que c'est une œuvre que j'ai chantée moi-même lorsque j’étais à la Maîtrise de Bretagne (Rennes). Cela m'avait laissé un souvenir indélébile. La seconde raison est que, avec le chœur, nous avons fait de la musique romantique avec César Franck la première année, de la musique plus moderne avec Fauré la deuxième année, du baroque avec Vivaldi l'an dernier. Ce qui nous manque donc c'est la musique de la période classique avec Mozart ou Haydn. Cette grande œuvre me semble la plus adaptée à un chœur amateur.


TD : Tu fais découvrir et travailler la musique à des jeunes au conservatoire... et à des moins jeunes, tels ceux du chœur Notre-Dame de la Gare. Avec lequel de ces deux publics es-tu le plus à l'aise et pourquoi ?

J. N.-A. : Mon exercice préféré est la direction de la chorale. Il est très agréable d'avoir des conversations en bonne intelligence avec des adultes. Comme je le disais précédemment, j'aime beaucoup transmettre mon savoir musical et vous êtes un public parfait.


TD : Peux-tu nous indiquer quelques prochaines dates de concerts où le public et les paroissiens pourront admirer ton talent ?

J. N.-A. : En 2026, j'ai plusieurs concerts prévus en Afrique du Sud, Italie et Canada.

Mais, le 28 juin, j'attends les paroissiens et tous les mélomanes pour notre concert de la Messe Nelson à Notre-Dame de la Gare.


TD : Y-a-t-il une question que je ne t'ai pas posée ou quelque chose que tu souhaiterais ajouter ?

J. N.-A. : Je suis très reconnaissance envers le père Augustin Deneck et tous les choristes qui viennent tous les mercredis soir. Leur soutien est important pour la paroisse.


TD : Pour finir, as-tu quelque souhait à présenter aux paroissiens de Notre-Dame de la Gare pour cette année qui vient à peine de commencer ?

J. N.-A. : Je leur souhaite beaucoup de belle musique et que de nouveaux choristes viennent enrichir nos rangs !